Vous arrivez par une route qui monte et monte, vous vous garez, et vous ne voyez rien. Un mur de pierre, une porte et le vent. Vous pensez vous être trompé d'endroit.

Vous entrez. Vous descendez un couloir courbe creusé dans la roche. Et d'un coup s'ouvre une salle avec deux baies vitrées immenses, et derrière elles l'Atlantique à près de cinq cents mètres sous vos pieds, avec La Graciosa qui flotte là en bas comme si quelqu'un l'avait posée là pour la photo.

Voilà le Mirador del Río. Et cet effet de surprise —tout cacher pour que la vue vous explose d'un coup— c'est exactement ce que voulait Manrique.

Visiteur admirant l'île de La Graciosa depuis le Mirador del RíoCe que c'est et pourquoi c'est ici

Vous êtes en haut du Risco de Famara, la muraille naturelle qui ferme Lanzarote au nord, à environ 475 mètres au-dessus de la mer.

Le « Río » n'est pas une rivière. C'est le nom donné au bras de mer qui sépare Lanzarote de La Graciosa : un chenal étroit qui, vu d'en haut, ressemble effectivement à une rivière bleue entre deux terres.

Et cet endroit, Manrique ne l'a pas choisi au hasard : il y avait déjà quelque chose. À la fin du XIXe siècle, une batterie militaire fut installée ici pour surveiller le chenal —c'était l'époque de la guerre de Cuba et de la peur de la flotte américaine—, en profitant du fait que d'ici on voit venir n'importe quel bateau à des kilomètres.

En 1973, César Manrique, avec Jesús Soto et Eduardo Cáceres, transforma cette position militaire en mirador. Et il appliqua son obsession de toujours : que rien ne se voie. Le bâtiment est enterré dans le versant, recouvert de pierre et de terre, invisible depuis l'extérieur et depuis la mer. Depuis La Graciosa, en levant les yeux, il n'y a rien à voir.

Ce que vous allez voir

La salle des baies vitrées. Le cœur du lieu : deux immenses yeux ouverts sur le vide, avec des plafonds voûtés blancs et les sculptures métalliques suspendues. L'idée est que le paysage entre comme un tableau encadré. Ça marche.

L'archipel Chinijo, en entier. En bas, La Graciosa avec ses deux villages et ses plages. Derrière, Montaña Clara et Alegranza, inhabitées. Et à droite, les Salinas del Río, les salines les plus anciennes des Canaries, aujourd'hui abandonnées, comme une mosaïque décolorée au bord de l'eau.

La terrasse. On sort à l'extérieur, tout au bord de la falaise. C'est ici qu'on comprend vraiment la hauteur — et où souffle vraiment le vent.

La cafétéria. Avec les mêmes baies vitrées. S'asseoir là pour boire quelque chose, sans se presser, c'est à moitié une raison de venir.

Quand y aller (c'est le plus important)

C'est l'endroit de Lanzarote qui dépend le plus de la météo. Par temps clair, c'est parmi les plus belles choses que vous verrez de votre vie. Avec de la brume, vous voyez un mur blanc et vous avez payé pour du brouillard.

  1. Regardez le ciel avant de monter. Si le nord est couvert, changez de plan et gardez le mirador pour un autre jour.
  2. La brume est plus fréquente le matin et pendant les mois d'hiver. En milieu d'après-midi, ça se dégage généralement.
  3. Avec la calima (brume de sable venue du Sahara), la vue se perd aussi : l'air devient trouble et La Graciosa s'estompe.
  4. Prenez une veste. Vous êtes à 475 mètres, au nord et au bord d'une falaise : ici le vent souffle toujours, et il fait bien plus frais qu'en bas.
Plan B si c'est couvert

descendez à Haría, à la Cueva de los Verdes ou aux Jameos, qui ne dépendent pas du ciel. Haría et la Vallée des Mille Palmiers

Comment y aller et infos pratiques

C'est à l'extrémité nord, par la route qui monte depuis . Depuis Haría, environ 15 minutes ; depuis Costa Teguise, environ 40 ; depuis Playa Blanca, plus d'une heure.

Il vous faut une voiture. Aucune guagua (bus local aux Canaries) ne va jusque-là. Comment se déplacer à Lanzarote

C'est l'un des CACT, il faut donc payer l'entrée. Rappel : le billet combiné pour plusieurs centres n'existe plus, chacun se paie séparément. Vérifiez le prix et les horaires sur le site officiel avant de monter. Jameos del Agua et les CACT : lesquels valent la peine

Comptez 45 minutes à 1 heure, en prenant votre temps, café inclus. Ce n'est pas une longue visite : c'est une visite intense.

Combinez-la avec les Jameos, la Cueva de los Verdes et Haría : tout est à moins de 20 minutes et ça fait la meilleure journée du nord. Itinéraire parfait de 3 jours

Et si vous ne voulez pas payer

Soyons honnêtes : la route qui monte compte des miradors gratuits avec des vues similaires sur le chenal et sur La Graciosa. Ce n'est pas pareil —ils n'ont ni la salle, ni les baies vitrées, ni la terrasse en surplomb— mais la vue panoramique, vous l'avez.

Si votre budget est serré, arrêtez-vous là. Si vous le pouvez, entrez : ce qu'on paie ici, ce n'est pas la vue, c'est l'idée de Manrique. Et elle n'existe qu'à l'intérieur.

Questions fréquentes

Pourquoi s'appelle-t-il Mirador del Río ?
Parce que « el Río » est le bras de mer qui sépare Lanzarote de La Graciosa, et qui, vu d'en haut, ressemble à une rivière bleue.
L'entrée vaut-elle le coup ?
Si le temps est clair, oui : la salle des baies vitrées est une œuvre d'art et la vue est la plus belle de l'île. S'il y a de la brume, n'y allez pas.
Combien de temps faut-il pour la visite ?
Entre 45 minutes et une heure, en prenant quelque chose à la cafétéria.
Peut-on y arriver en transport en commun ?
Non. C'est à la pointe nord et la guagua n'y va pas : il faut une voiture ou une excursion organisée.
Voit-on La Graciosa depuis ici ?
Oui, en entier, ainsi que Montaña Clara et Alegranza. C'est le plus beau panorama de l'archipel Chinijo. La Graciosa en une journée
Est-ce accessible ?
Il y a des escaliers et des rampes, et quelques passages en pente. Si vous avez une mobilité réduite, renseignez-vous au préalable au centre.
Avec des enfants ?
Oui, mais c'est une visite courte, à contempler surtout. Les petits s'en lassent vite : combinez-la avec la Cueva de los Verdes, où là ils s'amuseront bien. Lanzarote avec des enfants

Il y a des miradors qui se construisent pour être vus. Celui-ci a été construit pour disparaître.

Manrique aurait pu construire ici une terrasse de verre visible depuis la mer, et elle serait sur toutes les cartes postales. Il a préféré l'enterrer dans la roche, recouvrir le bâtiment de pierre et de terre, et laisser voir uniquement ce qui était là depuis des millions d'années.

C'est son œuvre la plus petite et, probablement, celle qui explique le mieux sa pensée.