Cela fait trois jours que vous ne voyez que de la lave. Noire, ocre, rouge, noire à nouveau. De la cendre jusqu'à l'horizon. Vous vous êtes fait à l'idée que Lanzarote, c'est ça.

Et puis vous montez vers le nord, vous passez un virage… et le paysage devient vert. Des milliers de palmiers plantés dans une vallée, des jardins potagers, des figuiers, des maisons blanches entre les terrasses. On dirait une autre île. On dirait carrément un autre pays.

C'est Haría, et ce n'est pas un hasard si César Manrique a choisi ce village pour y vivre ses dernières années — l'homme qui avait vu l'île entière a décidé de finir ici. Ce guide vous dit que voir à Haría, pourquoi c'est vert et comment profiter du nord.

Maisons blanches de Haría entourées de palmiers et de montagnes
Maisons blanches de Haría entourées de palmiers et de montagnes

Pourquoi le nord est vert

Ce n'est pas de la magie, c'est de la géographie. Le massif de Famara, ce mur de 600 mètres qui plonge dans la mer, freine les alizés chargés d'humidité venus de l'Atlantique. Les nuages se heurtent à la roche, montent, se refroidissent et déversent le peu de pluie que reçoit Lanzarote juste ici.

Résultat : le nord a plus d'eau, plus de nuages, plus de terre et moins de chaleur que le reste de l'île. On y a pratiqué une véritable agriculture quand le sud n'était qu'un désert de cendre — et c'est pour cela que cette vallée est peuplée et cultivée depuis des siècles.

Et les palmiers. On raconte qu'à Haría, la tradition voulait qu'on plante un palmier à la naissance d'un garçon et deux à la naissance d'une fille, ces derniers faisant partie de sa dot. D'où le nom de la Vallée des Mille Palmiers. Ce sont des palmiers des Canaries (Phoenix canariensis), les palmiers autochtones, pas ceux qu'on met pour décorer les hôtels.

Comptez-les si vous voulez. Ils sont bien plus de mille.

Que voir à Haría

Le village

Petit, blanc, avec une place —la Plaza León y Castillo— à l'ombre d'immenses lauriers des Indes, là où tout se passe. Quatre rues, des maisons chaulées aux menuiseries vertes, quelques terrasses et un silence qui, après Puerto del Carmen, paraît étrange.

Il n'y a pas de "monuments". Haría ne se visite pas : elle se flâne. Une demi-heure suffit pour en faire le tour.

La Casa-Museo César Manrique

La visite incontournable du village, et la plus intime de toutes celles qu'il a laissées. Ce fut sa dernière maison, une ancienne ferme de la vallée qu'il a restaurée pour s'y retirer, loin du bruit qu'il avait lui-même contribué à créer.

Elle est conservée telle qu'il l'a laissée le jour de sa mort : son atelier avec les pinceaux à moitié utilisés, les tableaux inachevés, ses affaires, son désordre. Ce n'est pas un musée mis en scène : c'est une maison où quelqu'un a vécu et est sorti un jour pour ne jamais revenir. Il est enterré au cimetière de Haría, à deux pas.

Attention

ce n'est pas un CACT. Le billet se paie à part et vous ne la trouverez pas sur le site des centres du Cabildo.

Atelier de César Manrique avec tableaux abstraits et outils de peinture à Haría
Atelier de César Manrique avec tableaux abstraits et outils de peinture à Haría

Le marché artisanal du samedi

Le samedi matin (approximativement de 10h00 à 14h30), la place se remplit d'étals. Et voilà toute la différence avec Teguise : celui-ci est petit, et il est authentique. Artisanat local, fromages, confitures, aloe vera, broderies, gens du village. Pas de bus, pas de foule, pas de produits importés en pagaille.

S'il fallait choisir entre les deux, pour acheter nous choisirions Haría ; pour l'ambiance, Teguise.

Le Mirador de Haría

Sur la route qui monte depuis Teguise (LZ-201), un virage s'ouvre et voilà : toute la vallée à vos pieds, avec les palmiers, les maisons blanches et les montagnes tout autour. C'est l'un des plus beaux arrêts de l'île, c'est gratuit, et beaucoup de gens passent sans s'arrêter.

Conseil

arrêtez-vous aussi à l'Ermita de las Nieves, un peu plus loin, tout en haut de la falaise. De là-haut, on voit Famara vue du dessus, un vrai balcon sur le vide. Par temps clair, c'est ce qu'il y a de mieux à Lanzarote.

Le reste du nord (qui commence ici)

Haría, c'est la porte d'entrée. En quinze minutes, vous avez le meilleur de l'île :

  1. Mirador del Río (15 min) : la vue sur La Graciosa depuis 500 mètres de hauteur. Guide du Mirador del Río »
  2. Jameos del Agua et Cueva de los Verdes (15 min) : le tube volcanique de La Corona. Jameos del Agua et les CACT »
  3. Órzola (15 min) : le ferry pour La Graciosa et le Caletón Blanco, avec ces piscines de sable blanc au milieu de la lave. La Graciosa en une journée »
  4. Punta Mujeres et Arrieta (10 min) : piscines naturelles et poisson frais face à la mer.
  5. Máguez, Yé, Tabayesco : les villages alentour, où il n'y a absolument rien à faire. Ce qui est exactement le programme.

Pour marcher

Le nord est la meilleure zone de randonnée de l'île : le volcan de La Corona (celui qui a créé le tube des Jameos) se gravit depuis les villages du haut, et de la falaise descend le Camino de los Gracioseros, le sentier par lequel les habitants de La Graciosa descendaient à pied pour embarquer. Ici, les chemins sont verts et offrent des vues, ce n'est pas un désert de lave.

Conseils pratiques

  1. Une voiture, absolument. Il existe une guagua (bus local) pour Haría depuis Arrecife, mais avec des fréquences d'une à deux heures. Comment se déplacer à Lanzarote »
  2. La route depuis Teguise (LZ-201) est sinueuse. Belle, mais sinueuse : si quelqu'un a le mal des transports, vous voilà prévenu.
  3. Prenez une veste légère. Il fait ici quelques degrés de moins que dans le sud et le vent souffle davantage. En hiver, ça se sent vraiment.
  4. Attention à la brume : les miradors du nord se couvrent facilement. Si le ciel est bouché au réveil, changez de programme pour la maison de Manrique, la Cueva de los Verdes ou les bodegas. Meilleure période pour voyager à Lanzarote »
  5. Le programme d'une journée : Haría et sa vallée → maison de Manrique → déjeuner à Arrieta → Jameos → Mirador del Río au coucher du soleil. Itinéraire parfait de 3 jours »

Dormir et manger dans le nord

Haría a des terrasses sur la place et une cuisine canarienne traditionnelle ; Arrieta et Punta Mujeres proposent du poisson frais à dix minutes. N'attendez pas de menu dégustation : attendez-vous à du fromage grillé, du poisson du jour et des papas con mojo (pommes de terre ridées à la sauce mojo).

Et si vous envisagez de dormir ici — des maisons en pierre parmi les palmiers, zéro bruit, le plus beau ciel étoilé de l'île — sachez ce que cela implique : vous êtes à 40 minutes de l'aéroport et à plus d'une heure de Papagayo. C'est la zone de ceux qui connaissent déjà Lanzarote et reviennent pour autre chose.

Questions fréquentes

Que voir à Haría ?
Le village et sa place, la Casa-Museo César Manrique (sa dernière maison, conservée telle quelle), le Mirador de Haría surplombant la vallée, l'Ermita de las Nieves et, le samedi, le marché artisanal.
Pourquoi Haría est-elle verte alors que Lanzarote est un désert ?
Parce que le massif de Famara freine les alizés humides venus de l'Atlantique, qui déversent ici le peu de pluie que reçoit l'île. Plus d'eau, plus de nuages et moins de chaleur : le seul coin fertile de Lanzarote.
Quand a lieu le marché de Haría ?
Le samedi matin, environ de 10h00 à 14h30, sur la place. Il est plus petit et plus authentique que celui de Teguise.
Pourquoi la Vallée des Mille Palmiers porte-t-elle ce nom ?
À cause de la tradition qui consistait à planter un palmier à la naissance d'un garçon et deux à la naissance d'une fille. Ce sont des palmiers des Canaries, l'espèce autochtone.
La Casa-Museo de Manrique à Haría vaut-elle le détour ?
Absolument, et c'est l'une des moins visitées. C'est sa vraie maison, avec l'atelier tel qu'il l'a laissé. Ce n'est pas un CACT : le billet se paie à part.
Combien de temps faut-il pour visiter Haría ?
Le village, une heure. Avec la maison de Manrique et les miradors, une demi-journée. Avec tout le nord, une journée.
Peut-on y aller sans voiture ?
Il existe une guagua depuis Arrecife, mais avec des fréquences très espacées. Pour voir la vallée et ses environs, mieux vaut avoir une voiture.

Manrique aurait pu se retirer n'importe où dans le monde. Il avait vécu à Madrid et à New York, il avait des galeries, de l'argent, une réputation. Et il a choisi un village de mille habitants niché dans une vallée de palmiers, à la pointe la plus reculée de son île.

Quand vous descendrez la LZ-201 et verrez la vallée s'ouvrir en contrebas, vous comprendrez sans que personne ait besoin de vous l'expliquer.